Inspiration

Anarchiste

Je ne parle pas beaucoup de politique sur ce blog. Je ne me l’interdis pas pour autant. Aujourd’hui, nous faisons face à un entre-deux tour auquel beaucoup veulent faire dire tout et n’importe quoi. Je ne vais pas vous ressortir les critiques qu’on trouve dans les media, sur les réseaux sociaux. Non, j’aimerais faire part d’un ressenti qui me taraude un peu. Une incompréhension. Je regarde toute cette saynète politique de loin, je m’efforce de prendre du recul. Au premier tour, on nous a proposé des candidats divers et variés. Et maintenant je vois tant de gens hurler au scandale et pleurer des larmes de sang devant les résultats que j’ai l’impression d’être face à une bande de gosses qui chouinent parce qu’ils n’ont pas eu leur goûter. Sauf que le goûter, nous l’avons eu. 

J’ai vécu en Chine. Là-bas, je m’efforçais de ne jamais oublier que je vivais sous une dictature, dans un pays véritablement dirigé par une oligarchie, même si cela bouge petit à petit. Je vivais dans un pays où les condamnés à mort étaient exécutés d’une balle dans la tête, où le gouvernement diffusait les images des exécutions sur Wechat, où un seul parti faisait la loi, où les dissidents étaient envoyés en camp de travail, où personne n’avait la voix au chapitre. Tout se décidait au parti. Point final. Les Chinois n’étaient finalement pas si amers que les Français aux résultats de ce premier tour, alors que ces derniers choisissent leur dirigeant, leurs représentants, leurs lois. Déjà, ça fait caprice d’enfant gâté de chouiner à cause de ce résultat qui ne conforte pas la majorité.

Mais nous y voilà. La triste réalité – et j’espère que ces élections vont le révéler – c’est que nous ne sommes pas faits pour être gouvernés-es. Pourquoi tant de ressentiment alors que nous avons tous voté (au passage, c’est une chance inouïe) ? Parce que Marine Lepen est au second tour ? Parce qu’on risque d’avoir un ancien banquier comme président ? Parce que leur petit vote n’a pas été pris en compte parmi les dizaines de millions d’autres ? Non. Parce qu’en réalité, l’humain-e n’est pas fait-e pour être gouverné-e.

Je suis anarchiste. Je ne suis ni de droite, ni de gauche, je vote pour le candidat qui entravera le moins possible mes libertés individuelles afin de pouvoir continuer mon combat. Je ne crois pas à un quelconque dirigisme. Personne ne devrait avoir le droit de décider pour quelqu’un d’autre. Mais on me rétorquerait : « Impossible. L’homme est un loup pour l’homme. Il faut des lois, des réglementations ». Ah, la propagande d’Etat, elle a bien fait son boulot ! Si l’humain-e est le seul obstacle à l’anarchie, c’est qu’il faut changer l’humain-e. Certes, cela ne se fait pas en dix ans, ni même en cent ans. Mais c’est possible. Jean-Paul Sartre l’a bien dit : « L’existence précède l’essence. Rien n’est défini ou immuable chez l’humain-e ».

Je suis anarchiste. Le problème de notre société actuelle, je l’ai vu en Chine. C’est le surnombre. Le surnombre empêche la liberté, nous noie dans une masse informe qui pousse à la généralisation. Au lieu de regarder l’individu-e, on regarde donc son groupe, son lieu de naissance, sa classe sociale et on le juge puis on lui assigne un rôle dans la société : « assisté », « imposé », « riche », « pauvre », « travailleur », « précaire »… La masse nous étouffe et bride nos libertés. Pour installer l’anarchie, et donc la liberté, il faut éclater la masse en petites unités autonomes. Certaines pourraient être royalistes, communistes, d’autres purement anarchistes, mais chacune serait libre, sans constitution ni dogmes, de fonctionner de la manière qui lui semble la plus adéquate.

Je suis anarchiste. Tolstoï (anarchiste également) disait : « Seule la révolution personnelle, la métamorphose de chaque individu au quotidien doit être la règle en société ». On me dit souvent que l’anarchie est la porte ouverte à la violence. Je réponds : « Non. Les guerres, par exemple, n’auraient jamais lieu dans un monde anarchique, parce qu’il n’y aurait aucun pouvoir qui puisse faire fabriquer des armes en masse et entraîner des armées gigantesques pour faire tant de mal« . Certes, de nombreux anarchistes ont en leur temps pris les armes, milité pour la destruction. Mais celle-ci n’engendre que le ressentiment et la vengeance. C’est dans nos coeurs que le système doit mourir, doit exploser. Je ne me battrai jamais pour un seul parti politique, pour une seule idée politique, je ne poserai pas de bombes, je ne blesserai ni ne tuerai, mais je me battrai toute ma vie pour la mort de la politique.

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