Inspiration

Lectures du mois – Février, de la Russie à la Chine

J’ai dans l’idée de débuter une série d’articles « Lectures du mois« . Pourquoi ? Parce que je pense que la lecture est un formidable vecteur de culture, de connaissance et d’ouverture. Je suis la cousine reloue qui offre toujours des bouquins à Noël et aux anniversaires, aux plus jeunes comme aux moins jeunes. Que ce soit des grands classiques, des ouvrages philosophiques ou des romans plus modernes, je m’efforce de dévorer autant que possible. S’il y a toujours un Zola ouvert sur ma tablette – on ne se refait pas – j’ai pas mal diversifié mes lectures ces derniers mois. J’ai – enfin – rangé ma bibliothèque et me suis attaquée à plusieurs bouquins en ce joli mois de février. Retour sur ces lectures.

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L’Idiot, par Fiodor Dostoïevsky, trad. André Markowicz (1874)

En réalité, il s’agit d’une relecture : je l’avais déjà fini autour de seize ans. Néanmoins, je m’y suis remise avec une nouvelle traduction : je possédais celle de La Pléiade. Celle de Markowicz est beaucoup plus fluide, équilibrée. Le meilleur moyen de rapporter une histoire foisonnante et bouleversante. A la lecture de L’Idiot, on se pose une seule question : comment un homme peut-il brasser autant de sujets différents sans se perdre ? Le roman ne fait finalement que peu de pages, si l’on tient compte de la densité du récit. Et je n’ai plus qu’une envie, apprendre le russe pour le lire dans le texte. Plus qu’à un livre, on est face à un manifeste du roman. Si vous ne l’avez jamais lu, jetez-vous dessus. Vous ne le regretterez pas. Quelques articles pour aller plus loin sont disponibles ici.

Shanghai Baby 上海宝贝, par Zhou Weihui (1999)

Attention, c’est un vrai coup de coeur ! Shanghai Baby raconte l’histoire d’une génération sacrifiée à la transition économique de l’époque Deng Xiaoping à la Chine moderne. C’est un roman excessif mais terriblement humain. Zhou Weihui, avec la romancière Mian Mian, fait partie d’un courant d’intellectuels-lles qui ont connu le sex, drugs and rock’n’roll chinois, arrivé très tard et évaporé presque aussitôt. Shanghai Baby a été censuré puis brûlé en place publique, tous ses romans suivants ont été passés au peigne fin par les autorités. Il est aujourd’hui introuvable en mandarin. Et pourtant, ce roman est un concentré de réel comme j’en ai rarement vu. Il est peut-être difficilement compréhensible pour un public occidental, mais si vous vous intéressez à la Chine, à ses paradoxes et à ses excès, foncez. Shanghai Baby transporte car il relie le destin des personnages à celui de leur pays : l’héroïne n’est qu’une nouvelle guerre de l’Opium, l’amant allemand représente le néo-colonialisme (à savoir que les allemands ont été les premiers à faire des affaires en Chine, dès les années 1980) et le combat de Coco pour écrire fait écho aux femmes stratèges des Royaumes Combattants. Plus qu’un roman, c’est une source historique, une plongée dans toutes les contradictions de la Chine, dans toute sa beauté et sa futilité. Malgré la censure, je ne doute pas que les shanghaïennes à la dérive reprendront en main le destin artistique de la Chine. Je leur fais confiance.

Critique et Clinique, par Gilles Deleuze (1993)

Plus théorique que les deux premiers, il s’agit d’un recueil d’articles de Deleuze, tous très faciles à lire. On y trouve des passages merveilleux et inspirants : Antéchrist, T.E. Lawrence, le jugement… Ce sont des réflexions accessibles et universelles. La dichotomie Christ/Jean de Patmos y est très bien abordée et j’ai également apprécié le point de vue du penseur sur le prophétisme : la religion est fantasme et immobilisme, là où la foi active et le prophétisme sont projet, parole, action. Enfin, un très bel article sur le jugement s’achève sur : « Le jugement empêche tout nouveau mode d’existence d’arriver ». Un aphorisme on ne peut plus clair, qui devrait vous donner envie d’ouvrir ce livre !

Vernon Subutex 2, par Virginie Despentes (2015)

Ma cousine me l’a offert pour Noël. Pourquoi le tome 2 et pas le premier ? Sans doute une erreur. Toujours est-il que je n’ai jamais été proche des féministes pro-sexe comme Despentes. J’ai laissé mes préjugés de côté mais… ça n’a pas suffit. Je n’ai pas réussi à finir ce « roman ». Tout d’abord, elle veut donner la voix à des personnages prolétaires, mais elle n’y connaît visiblement rien. Aucune chaleur, aucun effacement dans son style. On la sent très centrée sur elle-même, si bien que le roman n’est plus un récit, mais « un ouvrage de Despentes ». Et, plus grave, mais fréquent dans son milieu artistique, elle n’a rien à dire. Peut-être – pour reprendre ses mots – la bourgeoisie appréciera-t-elle le léger frisson de parler de SDF et d’actrices porno et de se sentir proche et donc empathique, mais pour moi, c’est non. Despentes ne maîtrise pas son sujet et tombe dans son propre piège : offrir un point de vue bourgeois et oublier de s’effacer pour nous offrir une véritable histoire et une leçon. Je n’ai rien appris à la lecture de ce livre, et n’ai pas de temps à perdre en vaines « contemplations » d’une France destituée de ses ressources. C’est d’autant plus décevant qu’il y aurait eu plein de manières de réussir l’exercice : s’attacher à la déchéance de l’industrie du disque, suivre le quotidien de personnes qui sont vraiment sur la touche (pas juste les mecs qui se bourrent la gueule au PMU)…

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